20/04/2026
Maison Becam va passer à la farine bas-carbone
Le blé bas-carbone provient de pratiques agricoles ciblant la fertilisation, responsable à elle seule de 80 % de son empreinte carbone.
L’information aurait pu passer inaperçue lors de la conférence de presse de la Fédération des Entreprises de Boulangerie (FEB), organisée le 16 avril à Paris (19e). Entre la présentation des résultats d’une étude menée avec la Banque de France par Paul Boivin, délégué général de la FEB (lire plus bas), et le sujet sensible du travail du 1er mai, une autre question s’est discrètement invitée dans les échanges : celle du cadmium.
Présent dans les engrais phosphatés utilisés en France, ce métal lourd s’accumule progressivement dans les sols agricoles avant de se retrouver dans la chaîne alimentaire, entraînant une surexposition des consommateurs. Parmi les principaux aliments contributeurs figurent les produits du quotidien à base de blé et de céréales. La filière boulangerie-viennoiserie-pâtisserie (BVP) est donc directement concernée, sans pour autant disposer de leviers immédiats pour agir sur cette problématique.
Décarbonation
Cela ne signifie pas que les professionnels restent inactifs. Conscients des enjeux environnementaux et sanitaires, des acteurs s’engagent dans une démarche de décarbonation, notamment en privilégiant des farines issues de blés cultivés avec moins d’intrants phosphatés.
« Le bilan carbone de nos produits dépend en grande majorité de l’amont agricole. Dès septembre prochain, Maison Bécam sera le premier réseau à travailler avec du blé bas-carbone », annonce Nicolas Bécam, fondateur du réseau de boulangerie-pâtisserie-snacking.
Cahier des charges
L’initiative est d’ampleur : l’intégralité de l’approvisionnement de l’enseigne est concernée, soit 20 000 tonnes de blé français issues des moissons de 2026 et transformées en farine par la Minoterie Girardeau. « Cela fait quatre ans que nous travaillons sur ce sujet, explique Jean-Charles Paturel, directeur commercial de la minoterie, joint par téléphone lors de la conférence. Ces blés bas-carbone sont conçus pour nécessiter moins d’intrants. Ils doivent être plus efficients tout en respectant un cahier des charges précis. »
Pain, viennoiseries, pâtisseries : l’ensemble des produits proposés dans les 37 boutiques du réseau Maison Becam sera élaboré à partir de ce blé nouvelle génération. « Ce sera pour nous l’occasion de valoriser notre engagement auprès de nos clients », souligne Nicolas Bécam. L’enseigne a par ailleurs fait le choix de ne pas répercuter sur les prix de vente le surcoût de production, estimé à 40 euros par tonne pour ce blé à plus faible empreinte carbone.
La BVP sous pression mais résiliente
Le secteur de la boulangerie-viennoiserie-pâtisserie (BVP) connaît une recomposition marquée depuis 2020, avec une baisse de 12,9 % du nombre d’entreprises, reflet d’un mouvement de concentration au profit d’acteurs industriels et de réseaux structurés. Pour autant, la dynamique entrepreneuriale demeure : le renouvellement des entreprises reste soutenu, dans un marché arrivé à maturité où les reprises et opérations de consolidation se multiplient.
Dominé à 94 % par des micro et petites structures, le secteur conserve un fort ancrage territorial. L’entreprise type compte une cinquantaine de salariés pour un chiffre d’affaires d’environ 16 millions d’euros, avec une intensité de main-d’œuvre supérieure à celle de l’industrie alimentaire.
Le levier de l’exportation
Après deux années sous tension liées à la hausse des coûts, l’activité a progressé de 1,6 % en 2024, malgré un net ralentissement de la croissance amorcé en 2023. L’exportation s’affirme comme un levier clé, représentant près de 20 % du chiffre d’affaires, confirmant l’attractivité du savoir-faire français à l’international.
Avec un taux de valeur ajoutée de 24,4 %, supérieur à la moyenne du secteur alimentaire, la BVP tire parti de produits à forte technicité. Cette richesse bénéficie majoritairement aux salariés, qui captent près des deux tiers de la valeur créée, faisant du secteur un acteur important de l’emploi local.
Reste une fragilité structurelle : la rentabilité demeure faible, avec seulement 3 à 4 % de résultat net pour 100 euros de chiffre d’affaires, et une entreprise sur quatre déficitaire en 2024. Malgré une consommation solide et des perspectives encourageantes, le secteur reste sous pression, notamment face à la volatilité des coûts, illustrant un équilibre précaire entre résilience et vulnérabilité économique.
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