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02/05/2023

Le réemploi au bout des tunnels

le réemploi devrait permettre en restauration rapide d’éviter de jeter les 200 000 tonnes d’emballages à usage unique utilisés chaque année jusqu’au 31 décembre dernier. ©Uzaje

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Dans le sillage de l’obligation de la vaisselle réutilisable depuis le 1er janvier 2023 imposée par la loi Agec, les laveurs affûtent leurs armes. Leur cible: les restaurants et les collectivités optant pour l’externalisation du lavage de leurs contenants.

Avec le réemploi, de nouveaux acteurs s’imposent aux profes­sionnels de la restauration et avec eux de nouveaux usages. Outre le choix de contenants et d’une éven­tuelle solution de consignation, les restaura­teurs doivent décider s’ils les lavent sur place ou s’ils font appel à un prestataire, un laveur industriel. Entre internalisation et externa­lisation leur cœur balance parfois. « Il faut que les restaurateurs prennent des décisions éclairées avec les éléments les plus factuels », prévient François Satin, directeur commer­cial chez Uzaje. Créée en 2018, l’entreprise, implantée en région parisienne et région PACA, propose des prestations de lavage in­dustriel pour la restauration. Volume de contenants à traiter, nombre de mètres car­rés, ressource en personnel à allouer sur ce poste, coût des machines… François Satin évalue à une cinquantaine le nombre de pa­ramètres à prendre en compte et qui seront traités par Hygie, le simulateur lavage inter­nalisé/externalisé développé par Uzaje et qui devrait être opérationnel en juin. « Ce n’est pas une solution contre une autre, renchérit Marc Rocagel, président d’Options Solu­tions. Il s’agit d’un marché en construction et l’externalisation n’est pas une fin en soi, c’est une brique indispensable de l’écosystème

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Le marché semble être colossal si on consi­dère que le réemploi devrait permettre en restauration rapide d’éviter de jeter les 200000 tonnes d’emballages à usage unique utilisés chaque année jusqu’au 31 décembre dernier. Sans parler des collectivités et socié­tés de restauration obligées depuis le 1er janvier 2022, de conditionner le portage à domicile dans des contenants lavables. Et de la fin, au 1er janvier 2025, des barquettes et des poches de cuisson, réchauffe et service en plat en restauration scolaire et universi­taire et celle destinée aux enfants de moins de 6 ans pour les collectivités de plus de 2000 habitants (1). « En ce qui concerne la restauration commerciale et rapide, pour les grands acteurs, la majorité des contenants sont lavés actuellement dans les points de vente. Les petites enseignes sont plus lentes et commencent seulement leur transition. Pour certains acteurs, l’externalisation s’impose pour des raisons de place ou de difficulté à embrasser un métier complexe et exigeant » explique François Satin.

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Activité capitalistique

Spécialistes des déchets, acteurs de l’événe­mentiel, laveurs pour l’industrie, les nouveaux entrants sur le marché du lavage en restauration arrivent avec des bagages différents. Pour les uns, il s’agit d’étendre leur maillage de tunnels, pour les autres d’en créer. « Personne ne croyait qu’il allait être le seul, on s’est positionné en fonction de nos anciens clients et des opportunités » explique Philippe Berthe, P.D.G. de Re-uz (Impact Group). Lancée en 2021, Re-uz s’ap­puie sur le maillage de tunnels de lavage utilisés historiquement par Ecocup pour les gobelets pour développer ses nouvelles offres de contenants réemployables consignés en plastique auprès des CHR, associées à un service de collecte et de lavage. Service qu’elle propose également à la restauration collective. « Il y a des demandes. Soit on est en capacité de répondre, soit on ajoute une machine. La capacité va s’adapter aux besoins » assure Philippe Berthe qui anticipe également la mise en place de la vaisselle réutilisable dans le cadre des festivals. « On a les entrepôts, nos clients. On a du volume tout de suite. Les petits opérateurs comme les Esats ont une valeur ajoutée au niveau local. Mais pour s’occuper potentiellement des cui­sines centrales, il faut beaucoup de moyens car c’est une activité très capitalistique. Ce sont des machines qui nécessitent de gros débits d’eau, consomment de l’énergie; il faut être capable de faire le dos rond entre 18 mois et 2 ans. Un centre de lavage c’est 1 M€ d’investissement » poursuit-il.

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Recherche de foncier

1 M€ c’est la somme déboursée par Aquarys pour installer sa première unité dédiée au lavage, à l’hygiénisation et au séchage des contenants dans les sous-sols de La Défense. Créée par Tri-O Greenwishes (22 M€ de CA en 2022) qui collecte les déchets auprès des restaurateurs, les massifie et les envoie dans les filières de valorisation (lire encadré). La capacité de lavage est de 30000 contenants par jour dans cette première unité. Déjà, la jeune filiale anticipe la montée en charge et pense s’implanter (toujours en sous-sol), au coeur de Paris fin 2023-début 2024. « Nous aurons prouvé que notre modèle fonctionne et qu’il permet d’aller au bout de la démarche de proximité limitant l’impact carbone. On sait que nous savons le faire! L’enjeu c’est la recherche de foncier » assure Constance Bachoud, directrice de l’innovation circu­laire de la jeune entreprise.

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Sur les 5 prochaines années, Options, leader français et européen spécialisé dans la loca­tion de matériel événementiel et la décoration, programme une enveloppe de 5 M€ pour asseoir sa nouvelle entité Options Solutions, une offre de logistique et de lavage des contenants réutilisables (verre, plastique). En France, l’entreprise dispose de 13 sites de lavage industriel (17 en Europe) pour traiter la vaisselle louée dans le cadre de ses prestations événemen­tielles. Soit une capacité de lavage de plus de 300 millions d’articles par an. Un maillage que Marc Rocagel, CEO d’Options Solutions, compte renforcer avec de nouvelles implan­tations et l’objectif de doubler la capacité de lavage dans les 5 ans à venir pour la porter à 600 millions d’articles lavés. « 5 nouveaux centres ont déjà été créés en 2022 [Paris Ouest (75), Lyon (69), Aix-en-Provence (13), Bordeaux (33), Nantes (44)], un 6e est déjà programmé pour ouvrir mi-2023 [Paris Est (75)]. Ces centres sont exclusivement dédiés à l’activité d’Options Solutions, hyperspéciali­sés dans le traitement des contenants réutilisables », explique-t-il.

A Lisses (91), Eternity Systems – qui lave pour l’industrie – a doublé son site pour consacrer 5000 m2 au lavage de petits conte­nants de restauration. Une ligne fonctionne actuellement, mais l’espace peut en accueil­lir 3 supplémentaires. « Pour l’instant nous travaillons principalement avec des clients de la restauration collective. Mais nous avons aussi des échanges avec les grandes marques agroalimentaires et surtout avec le monde de l’événementiel pour les gobelets et nous anti­cipons les JO de 2024. Notre ambition est d’avoir un maillage régional à 5 ans », précise Éléonore Blondeau, responsable Nouveaux Projets de l’entreprise.

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Économies d’échelle

Pour laver et sécher, la R & D bat son plein. Uzaje qui a installé des tunnels de lavage Meiko dans ses 2 centres a conçu avec un équipementier « une machine qui agit pour favoriser un trempage rapide avant les opé­rations de lavage ». Pour Options Solutions, Marc Rocagel assure que « tout le parc est neuf, les tunnels sont de dernière génération. Ils utilisent le minimum d’eau et d’énergie sur des cycles où la température peut monter à 70-80 °C ». Sur les salons professionnels, les fabricants mettent en avant des équipe­ments économes avec des modules de séchage rapide pour les contenants et cou­vercles en plastique.

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Selon les acteurs interrogés, le coût de base varie de 0,10 € à 0,55 €, voire 0,70 € par unité lavée selon la taille du contenant. « On part du nombre de contenants que l’on peut poser sur un rack et laver en un cycle » explique Audrey Quintana, directrice Pro­jets Stratégiques de dabba consigne. Un tarif de base majoré par le coût d’un déro­chage ou d’un rinçage préalable éventuel, du grattage des étiquettes si elles ne sont pas hydrosolubles ou permanentes et qui peut atteindre 0,70 € selon elle. « Celui qui lave dans son coin n’aura pas accès aux écono­mies d’échelles qui vont de pair avec la massification » souligne pour sa part Phi­lippe Berthe. Sans compter qu’au coût du lavage s’ajoutent tous des composantes de la chaîne de valeur du réemploi: contenants, solutions de traçabilité, logistique et conseils.

(1) 2028 pour les collectivités de moins de 2 000 habitants.

A retrouver dans sa version intégrale
dans le Magazine #9 de Restauration21
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